La dernière marée

"C'était ça. C'était exactement ce qu'elle avait pensé elle aussi, mais elle n'avait pas su comment le dire. Il comprenait. Elle voulait lui dire qu'elle était d'accord, qu'elle pensait tout pareil, mais les mots qui lui venaient étaient nuls et moches et idiots."
#UnSigneQuiNeTrompePas

 

Quand j'aime un roman, il y a un signe qui ne trompe pas : je relève de nombreux passages pendant ma lecture.

Ici, avec ce texte d'Aylin Manço, j'ai marqué beaucoup de pages, beaucoup. Son écriture m'a vraiment parlé. Et son histoire, avec ses mots et sa façon de la raconter, m'a beaucoup touchée.

C'est un premier roman... Je trouve effectivement qu'Aylin Manço a bien du talent.

 

#QuatrièmeDeCouv'

 

"Depuis des mois, la mer reflue, aspirée sans fin et sans cause connue. A Citéplage, là où devrait se trouver le rivage, il n'y a que du sable et des rochers.
Dans cette cité balnéaire totalement vide où les tortues s'échouent de désespoir, Élo tente de faire comme si rien n'avait changé. Mais sa relation naissante avec Hugo, le repli de sa mère et les faux-fuyants de son père la poussent à s'affranchir de son enfance... pour se tourner vers le grand large et l'avenir.
Une véritable ode à l'amour et à la jeunesse dans une atmosphère de fin du monde.
Le premier roman d'une jeune autrice de talent."

 

#Révélation

 

Ce roman, j'en ai beaucoup entendu parlé. En bien. J'ai aussi eu vent de comparaisons littéraires, notamment avec Patrick Ness (cf. La voix du couteau, Libération, deux titres parus chez Gallimard). 
Tout cela, en plus de la magnifique couverture, a joué un rôle dans ma décision de lire La dernière marée. Je voulais me faire mon propre avis sur cette histoire dont le résumé m'avait laissée un peu songeuse. 

"C'était ça. C'était exactement ce qu'elle avait pensé elle aussi, mais elle n'avait pas su comment le dire. Il comprenait.
Elle voulait lui dire qu'elle était d'accord, qu'elle pensait tout pareil, mais les mots qui lui venaient étaient nuls et moches et idiots." 

Dès les premières pages, j'ai accroché. L'ambiance de ce roman est singulière et l'autrice sait nous y faire entrer puis y naviguer, au gré des courants contraires et des émotions. Un peu à l'aveugle pour commencer, on se laisse emporter par cette histoire complètement folle (quoique...) de Reflux inexplicable mais lourd de conséquences aussi bien pour la planète que pour l'équilibre familial de l'héroïne.
Très vite, j'ai pensé à un autre roman (gros coup de coeur là aussi) : Une histoire de sable de Benjamin Desmares paru aux éditions du Rouergue. 
Quelques éléments similaires : une cité balnéaire désertée,une héroïne, adolescente un peu déboussolée qui cherche des réponses, une rencontre avec un garçon de son âge à l'air un peu étrange et une incursion du fantastique légère, presque naturelle... mais aussi une atmosphère enveloppante, comme si on ouvrant le livre, on entrait dans une bulle.

"- Je n'y peux rien si je n'y crois pas, protesta-t-elle.
- Si, tu as le choix ! On a toujours le choix de croire ou pas.
Alors Maman faisait le choix d'être comme ça? Elle choisissait de leur imposer ça, à son père et à elle? Impossible.
- Faire semblant, quoi.
- Non... Croire. Espérer !
- Se mentir.
- Mais non ! Pourquoi est-ce que tu penses ça?"

 

La comparaison s'arrêtant là, La dernière marée est un roman très original qu'il est finalement difficile de définir : roman fantastique, dystopie, roman d'apprentissage, roman d'amour, drame familial? Je sais qu'il n'est pas forcément nécessaire (ni bon) de coller une étiquette sur un livre (ou sur autre chose d'ailleurs) mais là, j'ai trouvé qu'au contraire, on pouvait en lui en attribuer beaucoup. Ce texte est très riche et mêle habilement tous les genres, dérivant de l'un à l'autre sans forcément que l'on sache où l'on va précisément. 

" Perdue au milieu des bois, Élo sentit que ça ne suffisait pas. Elle voulait s'éloigner encore plus. Jusqu'à disparaître du monde. Ou que le monde disparaisse. Mais où aller?" 

Et c'est justement ça qui est bien. Et c'est aussi pour ça que La dernière marée m'a plu.

On s'interroge. Le Reflux est là mais qu'est-il vraiment ? La maman d'Élo ne va pas bien. Pour quelles raisons? Hugo semble insaisissable. Pourquoi? Que va devenir le monde si le Reflux n'est pas stoppé?  
Beaucoup de questions. Quelques réponses... Et une histoire qui se déroule, lentement mais en même temps sur très peu de temps. Sept jours : le temps des vacances, le temps d'une jolie rencontre, le temps que naissent des sentiments, le temps de comprendre, le temps de souffrir, le temps de grandir... 
Au centre de ce texte bourré d'incertitudes, se débat une héroïne bouleversante. Élo est à fleur de peau. Plus rien n'est pareil et c'est bien ça, le fond du problème. Sa mère, la mer, son père, son regard sur les choses... Tout est si compliqué. Et il faut réussir à l'accepter.  Hugo, le rêveur, l'optimiste, est aussi un personnage important. Il apporte un parfum d'évasion et d'enfance, et apaise un peu la tension omniprésente dans le roman. 

Aylin Manço parvient à nous toucher à travers les questionnements de la jeune fille qui se heurtent à ceux de son nouvel ami. Ensemble, ils vont apprendre beaucoup. 

"Elle se frotta le visage. Combien de temps avait-elle dormi?  Et pourquoi est-ce que sa tristesse n'avait pas disparu? Le sommeil effaçait tout d'habitude. Les rhumes, les maux de tête, les chagrins." 

Ce texte est également très dur. Certains passages le sont. Élo va faire des choix qu'elle regrette. Et puis, il y a Anna, la mère de l'adolescente, nageuse de haut niveau en pleine mer qui est soudain privée de sa passion à cause de ce phénomène naturel incompréhensible. Anna est rongée par des idées noires et plongée dans un mutisme presque permanent dont elle ne sort que pour donner sa vision de la situation avec des mots durs et amers.

"- Tu les imagines ? continua Anna. Cet hiver, ils se presseront les uns contre les autres pour garder un peu de chaleur. Ils racleront les poubelles avec leurs griffes. Il se cacheront dans les coins des terrasses pour mourir et il y aura des petits tas puants de chatons morts partout dans la cité."
 

Cette lecture a été une révélation, celle d'une écriture qui me touche particulièrement. En lisant La dernière marée, j'ai fait une très belle rencontre. J'attends avec impatience le prochain roman d'Aylin Manço. 

"On ne peut pas choisir d'ignorer la fin de l'histoire. Et c'est la fin de l'histoire qui compte. Elle annule tout le reste." 

 

#PourQui?

 

Pour ceux et celles qui aiment les romans qui déroutent.

Pour ceux et celles qui aiment les histoires de famille.

Pour ceux et celles qui aiment la mer.

Pour tous et toutes à partir de 13-14 ans.

La dernière marée
Détails du livre
Auteur: 
Editeur: 
Public: 
Date de sortie: 
17 janvier 2019
Prix: 
15.00€
Nombre de pages: 
224
Langue: 

Français

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