La nuit bleue

La nuit bleue

#AnaïsSautier

D’Anaïs Sautier, je n’avais, jusqu’à ce jour, pas lu grand chose à part Danse avec les choux, il y a bien longtemps. J’en gardais le souvenir d’un texte assez pétillant et rafraîchissant.

Alors autant vous dire que le changement d’ambiance a été radical avec La nuit bleue.

Parce que côté “fraîcheur” et “pétillance”, dans ce roman, ce n’est pas trop ça. 

Ici, l’atmosphère y est lourde et bien pesante, écrasante comme la chaleur de Marseille. Et j’ai adoré ! C’est un coup de coeur.

#DeQuoiÇaParle?

Sofia ou Cervelle, comme son surnom l’indique, a une tête bien faite. Issue d’une famille dysfonctionnelle d’une cité pauvre de la ville, elle trace son chemin dans un lycée réputé et tente de ne pas faire de vague.

Farouk, son grand frère, veille sur elle.
Psycho, lui, a été libéré de son établissement pénitentiaire pour mineurs. Et lui aussi porte bien son surnom. Il fait partie du Réseau, celui qui fait régner la terreur et les trafics sur le quartier.

Et puis, il y a Croco. Lui, il ne veut plus en faire partie. Tout ça, ça ne lui correspond pas.

“J’ai pas le courage d’être violent”.
Croco a en revanche le courage de partir et d’enfin se rapprocher de Cervelle qui ne le laisse pas indifférent

Oui mais on ne quitte pas le Réseau comme ça… Et tout le monde va devoir en payer le prix.

#Échappatoire

C’est un texte qu’il faut, au départ, apprivoisé. La langue y est crue, imagée, marquée par cette ville de Marseille et la vie du quartier où il se déroule.

Et puis, une fois habitués, c’est comme si on y était. L’ambiance nous enveloppe et on tremble à crever, complètement pris par le terrible tourbillon qui entraîne tous les personnages dans une funeste ronde.

Le récit se joue en deux parties et repose sur l’alternance des voix de trois personnalités fortes : Cervelle/Sofia, Psycho et Farouk. À travers eux, on comprend tout ce qui agite les lieux et plus précisément, le quartier de la Myrte tenu par la Vador (sorte de figure emblématique qui a créé le Réseau et dont -un peu comme un autre personnage malveillant bien connu- on doit éviter de prononcer le nom).

Pour Farouk et Sofia, il s’agit surtout de passer entre les gouttes, ne pas se mêler des affaires du Réseau. À l’inverse, Psycho, lui, y est complètement plongé.

Deux mondes s’affrontent, se mêlent et les dommages collatéraux sont inévitables.

J’ai vraiment pris un immense plaisir à lire ce texte très visuel, très immersif qui ne cherche pas à édulcorer, ni à juger, ni à moraliser. C’est comme ça. 

Alors, forcément, on ne peut rester insensible car les cartes sont mal distribuées et il est difficile de quitter le jeu sans y perdre gros. Croco illustre cette difficulté “à vivre avec” mais aussi “sans” ce milieu qui gangrène le quartier.

Toutefois, la lumière est présente dans ce roman à travers la relation de Sofia et Croco notamment mais aussi dans la bonté de certains habitants comme Sara que Sofia surnomme affectueusement Grosse Folle.

On a le sentiment d’assister à un combat entre le bien et le mal. Et bien évidemment, l’issue semble incertaine.

C’est un texte très intense – dans tous les sens du terme – qui ne peut clairement pas laisser indifférent.

À découvrir assurément.

#PourQui?

Pour celles et ceux qui veulent faire un tour à Marseille.

Pour celles et ceux qui aiment les belles histoires d’amour compliquées.

Pour celles et ceux qui cherchent un texte vrai et réaliste.

Pour toutes et tous à partir de 14-15 ans.