La sans-visage

Soumis par HashtagCeline le mar 14/07/2020 - 18:30

“Rien n’était normal et tout était normal. Tout ce qui était anormal avait commencé depuis le début, alors maintenant, c’était normal. Je ne sais pas comment l’expliquer.”

#UnSujetImportant

Le harcèlement est un thème qui revient régulièrement dans les romans de littérature jeunesse et naturellement, sur mon blog.

C’est important d’en parler mais pas évident de le faire avec originalité !

Pourtant, ici, Louise Mey nous glisse le sujet avec habileté au coeur d’une véritable intrigue policière. Passionnant et très perturbant du fait de son très grand réalisme.

#RésumonsUnPeu

“Je voulais me taire, il fallait que je me taise, je devais me taire. J’allais dire des choses, trop de choses, des choses mesquines et tristes et en colère, toutes les choses qui moisissent dans ma tête depuis qu’Aïssa a changé de collège et qu’elle m’a laissée toutes seule.”

Clara est partie faire cette colonie de vacances uniquement pour renouer contact avec Aïssa, sa meilleure amie qui a déménagé. Pour le reste, elle n’est pas trop motivée.

Dans le groupe, très vite, Éléonore, une des ados, est prise pour cible par les autres. Pourquoi ? Mystère.

Ce n’est pas Clara qui va nous donner la réponse. Pourtant, dans son discours, on comprend que si personne ne réagit, tout le monde a bien vu que rien n'était "normal".

Mais pourtant,ça continue. Et Éléonore, “Babar” comme tous la surnomment, qui concentre toute la haine des autres, à trop vouloir s’effacer pour qu’on la laisse enfin tranquille, va disparaître… Vraiment. 

Que lui est-il arrivé?

“Voilà. Eléonore avait disparu. Tout allait bien. Rien n’était normal. Tout était normal.”

#UneNormalitéAnormale

Je n'ai rien à redire sur ce roman... Je l’ai dévoré et je l'ai adoré ! J’ai immédiatement aimé l’écriture de l’autrice et l’ambiance de ce livre : un peu malsaine, étrange et mystérieuse.

Pourtant, quand on pense “colonie de vacances”, ce ne sont pas ces mots qui viennent en tête mais plutôt : jeux et fous rires. Sauf qu’ici, ceux-ci se font au détriment d’une seule et même personne : Éléonore.

Personnage au coeur de l’intrigue et de toutes les attentions, surtout les plus mauvaises, on la frôle sans parvenir à la connaître. On la devine, sous le regard déformé que tous et toutes portent sur elle. La parole ne lui ai jamais laissé, l’occasion de se défendre, très peu, et elle est là, sans être là. Transparente puis absente mais en même temps omniprésente. Le malaise, lui, est bien là et gagne progressivement du terrain.

Ici, pourtant, il n’est question que d’adolescents normaux qui vont vivre une expérience normale et c’est là tout le problème. Car ce qui arrive ne l’est pas, normal, on le voit tout de suite, nous en tant que lecteurs. Ces mots “normal” et “anormal” reviennent souvent. Car là est le noeud du problème : où est la frontière? A quel moment bascule-t-on de l’un à l’autre?

La narratrice, Clara, elle-même se trouve des excuses. 

A plusieurs reprises, elle fait “comme si”. Elle n’est pas sûre d’avoir bien entendu, bien vu, bien compris ce qui se passe avec la jeune Eléonore qui vit un véritable calvaire alors que celle-ci n’embête personne. C’est assez terrible.

“Elle ne dit rien. Je pense : Tant pis. Si elle ne dit rien, c’est qu’elle ne veut rien dire, et je m’arrange avec ça, en sachant que je me mens.”

Clara est un personnage complexe dans lequel, avec stupeur, je me suis reconnue. Pas dans tout mais dans ses réactions entre jalousie, colère et joie avec sa meilleure amie... C’est assez terrible mais je me suis retrouvée dans sa façon de penser. Je le répète, pas pour tout... 

“Je lui en veux à elle, et ça me permet de ne pas m’en vouloir à moi. On dira ce qu’on veut, c’est pratique.”

Pleine de contradictions, de doutes, elle se trouve aussi des points communs avec Éléonore. Clara est finalement secrètement soulagée de ne pas être à sa place. Car toute cette méchanceté et toute cette violence auraient pu tomber sur elle, si Aïssa n’avait pas été là. Pourquoi ne fait-elle rien? Par facilité? Par peur que cela se retourne contre elle? 

“Pour Eleonore, maintenant, temps-calme, c’est temps caché. Elle est avec nous toute la journée, mais elle passe son temps à essayer de nous éviter. Je ne veux pas savoir ce que ça fait.”

Clara ne fait pas partie du groupe de ceux et celles qui harcèlent. Mais elle ne dit rien. Et son comportement est tout aussi condamnable. Il questionne. 

La pire, la plus dure, c’est Lila. Elle trouve un malin plaisir à se moquer d'Éléonore quoi que celle-ci fasse, et Lila entraîne tout le monde dans son petit jeu pervers.

Des petites choses, des gestes, des attitudes plus graves aussi, tout le temps… Du harcèlement. 

Ce roman est haletant. La narration joue avec la notion du temps, nous parlant du présent, mais aussi revenant en arrière pour nous expliquer comment la situation a pu dégénérer. A travers le récit de Clara, les indices s’accumulent à charge contre Lila mais aussi contre tous et toutes. La police s’en mêle et on tremble de connaître l’issue de cette histoire. Qu’est-il vraiment arrivé à Eléonore?

Je vous laisse le découvrir. 

Pour moi, ça a été un sacré moment de lecture  : c'est un coup de coeur.

 

#PourQui?

Pour ceux et celles qui aiment les histoires de colonie de vacances...qui tournent mal.

Pour ceux et celles qui aiment le mystère et les enquêtes.

Pour ceux et celles qui cherchent des romans qui traitent de sujets importants avec réalisme.

Pour ceux et celles qui cherchent une lecture addictive.

Pour tous et toutes à partir de 13 ans.

Coup de cœur !
Auteur
Collection
Public
Date de sortie
Nombre de pages
206
Prix
15.00 €
Langue
Français

#VosCommentaires

#OnContinue ?

Casseurs de solitude
Hélène Vignal sait aborder des sujets difficiles avec justesse, comme en témoignent ses précédents romans Gros dodo ou Zarbi (Le Rouergue). Au travers des histoires de Casseurs de solitude, qui sont…
#casseursdesolitude, #helegnevignal, #lerouergue, #doado
Entretien avec... Stéphanie Demasse-Pottier
Je suis ravie de donner la parole à Stéphanie Demasse-Pottier que j'aime beaucoup. Avec mes enfants, nous avons lu bon nombre de ses albums ces derniers mois et cela a toujours été un plaisir. Tout…
#stephaniedemassepottier, #jaimerais, #letageredubas, #gerarddubois, #entretien
Claude et Morino
« - Bonjour. Je m’appelle Claude et je crois que vous m’avez fait pipi dessus. - Haaan, pardon je suis désolé. - Non non, c’est rien. C’est juste que ça m’a réveillé. »
#claudeetmorino, #adrienalbert, #ecoledesloisirs
Dis non, Ninon !
"- Ah bah c'est vrai que ça saute pas aux yeux, faut vraiment avoir fait dix ans d'études pour savoir que je suis grosse, hein, pensa à son tour Ninon."
#disnonninon, #lisachopale, #gulfstream, #echos, #romanado
Désorientée
"Sourire, plonger ses pupilles dans les yeux étrécis de sa mère. Elle connaît les règles depuis sa petite enfance : elle les a intégrées, digérées. Louise la gentille petite fille, l'adolescente…
#desorientee, #marinecarteron, #icimaintenant, #casterman, #letsread, #vincentvilleminot
Ensemble à minuit
Est-ce la fin d'année? L'hiver? Le froid? L'envie de me pelotonner sous un plaid ? Toujours est-il que malgré quelques a priori sur ce titre que j'imaginais bien plus léger, je me suis trouvée prise…
#ensembleaminuit, #jennifercastle, #casterman, #letsread
Diabolo fraise
"Elle ne pensait pas que l'adolescence se traversait forcément dans la douleur, à grands coups de pied au cul..."
#diabolofraise, #sabrinabensalah, #sarbacane, #exprim
Dis au revoir à ton poisson rouge !
"La vie est parfois surprenante. Voire carrément époustouflante."
#disaurevoiratonpoissonrouge, #pascalruter, #didierjeunesse
Le passeur Le passeur

“Le vieil homme hocha la tête. Il avait l’air vidé et un peu triste.
-Monsieur ? demanda Jonas timidement.
-Oui? Tu as une question à poser?
-C’est juste que je ne…
#lepasseur, #loislowry, #ecoledesloisirs, #medium

#Bleue
Dans le monde d’Astrid et Silas, tout doit être sous contrôle. Il n’est pas permis de manifester le moindre signe de douleur ou de tristesse qui trahirait une faiblesse intolérable aux yeux de la…
#amour, #courage, #manipulation, #réseauxsociaux, #sentiments