Surf

Soumis par HashtagCeline le lun 16/09/2019 - 15:55
"Des langues huileuses léchaient les pierres devant nous avant de retourner à la vague, grappe de serpents que les remous tiraient en arrière avant de les lancer à nouveau à l'assaut de notre refuge. - J'enrage à l'idée que tu aies suivi la même ligne que moi. Sauve-toi, Adam, ça suffit comme ça, sauve-toi, il est encore temps."
#GrandePolynie

 

Surf est le deuxième roman qui paraît dans la collection Grande Polynie après Milly Vodovic de Nastasia Rugani (paru en 2018 / Lauréat du Prix Vendredi 2018)
Autant dire qu'après le choc qu'avait été la lecture de l'histoire de Milly, j'étais curieuse de voir quelle pépite l'éditrice nous avait déniché...
Ce roman est inclassable, comme celui qui l'a précédé. Je vais essayer de m'expliquer. En tout cas, j'en ressors plutôt conquise mais un peu perturbée par un style et une histoire toute en nébulosité.
 

#QuatrièmeDeCouv'

 

A Adam, de retour pour les vacances, Brest n'a pas grand-chose à dire... Toujours au loin les grues du port : plus près, entre les toits des maisons, le même morceau d'océan, plus près encore le pavillon familial en un décor inchangé, avec au centre cette drôle de licorne maternelle, en manteau gris cintré, échappée de son zoo mental. Ici, il faudra fuir les heures qui se traînent, comme Adam sèche les cours de son école de graphisme, comme la vie se débrouille sans enthousiasme.
Hors cadre, pourtant il.y a des braises sonores sous les cendres. Emballé dans du plastique, un paquet de lettres fait résonner la voix de son père volatilisé et bel et bien définitivement disparu. L'ami télépathe, Jack-Nathan, ce géant de deux mètres, qui derrière ses Ray-Ban traque ces pauvres canards de surfeurs, avant de bouffer du sable et de s'évader de nouveau, exhorté Adam à arrêter de confesser les popcorn et à se tirer loin de son petit enfer de grâce et d'oubli.
Et il y a la vie enregistrée en sa plus infime sonorité déglinguée par Aeka, aussi furieusement allumée que Jack, les mots brûlants de Katel, les bouffées d'enfance. Tout parle en fait. Maintenant, c'est à Adam de raconter.

 

#LettresDuPassé

 

Ce roman est déroutant. Son écriture, l'est.
Certains passages ne comportent pas de ponctuation. Les mots s'enchaînent, libres. 

Avec ce texte, on a effectivement l'impression de surfer sur une mer agitée où se débattent des personnages complètement submergés l'un par la nostalgie du passé, l'autre par la maladie mentale qui ne cesse de le rattraper. 
Tous semblent un peu paumés ou un peu fêlés (dans tous les sens du terme)
Mais j'aime ce genre de héros donc franchement, ça ne m'a pas dérangée. Bien au contraire. C'est pour cela que j'ai aimé ce texte qui m'a pourtant parfois un peu embrouillée. 
J'ai été très touchée par l'histoire d'Adam qui reprend en pleine face son passé en apprenant le décès de ce père qui les a abandonnés, sa mère et lui. La blessure se rouvre en grand et tout lui revient en plein visage. Ce bouleversement, il doit le gérer seul, sa mère rejetant en bloc tout ce qui touche au père d'Adam.
La construction autour de la lecture des 4 lettres renvoyées des Etats-Unis par la femme de son père est vraiment intéressante. Adam repousse le moment de les lire. Cela apporte beaucoup de suspense. Curieux, on a envie de savoir ce que raconte ces courriers. Ils jalonnent le récit et le ponctuent.
Et puis il y a Jack, comme il se fait appeler. C'est l'un des plus vieux amis d'Adam et aussi son voisin (ceci explique sans doute cela). Ce personnage apporte beaucoup dans ce roman tout en le rendant confus. Avec lui, Adam s'échappe. Il échappe à la réalité. 
Jack sombre. Il le sait, tout le monde le sait. En attendant, il entraîne Adam dans ses virées sur fond de musique expérimentale faite de bruits et de sons, composée par Aeka, elle aussi enfermée dans son propre monde.

Mais le héros de cette histoire reste Adam. Adam qui va devoir gérer son passé, la mort mais aussi le retour épistolaire de son père, son présent avec la rencontre évidente mais bouleversante de Katel pour essayer d'envisager son futur... Il arrive à un tournant de son existence et va devoir faire des choix. 
L'auteur aborde la fin de l'adolescence avec beaucoup de sensibilité. Il parvient grâce à son écriture un peu trouble, à nous faire ressentir ce qui agite le héros qui prend conscience qu'il va devoir grandir.

Ce roman, si ce n'est pas un coup de coeur, m'a beaucoup touchée. J'ai découvert un auteur qui par sa façon d'écrire m'a vraiment convaincue. Cependant, je me suis parfois un peu égarée dans les méandres et les remous de ce récit un peu erratique. Mais cela reste une très belle découverte.

Et je termine sur cette question de Jack à Adam qui pour moi est en quelque sorte l'essence de ce roman : "L'enfance te manque à en crever, pas vrai?"

 

#PourQui?

 

Pour ceux et celles qui aiment les histoires d'adolescents un peu perdus.

Pour ceux et celles qui aiment les histoires d'amitié à contre-courant.

Pour ceux et celles qui aiment les récits qui bousculent.

A partir de 15 ans.

 

Collection
Editeur
Public
Date de sortie
Nombre de pages
224
Prix
16.00 €
Langue
Français

#VosCommentaires

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#desastres, #severinevidal, #sarbacane, #exprim