La fille sur le toit

"Deux mots, deux sifflements, deux crachats. (...) Bien articulés, bien pesés. Totalement déplacés dans sa bouche, totalement incongrus. (...) Mais ils jaillissent comme des poignards."
#AnneLoyer

 

Parfois, je ne fais pas trop les connections... En débutant La fille sur le toit, je me suis dit : Tiens, c'est le premier roman d'Anne Loyer que je lis. Je n'avais pas cherché bien loin. Et puis, j'ai enfin percuté (on m'y a aidé)... Car Boy paru chez Thierry Magnier en 2017. J'avais tellement aimé cette histoire ! Pas étonnant donc que La fille sur le toit m'ait attirée. Et puis, il faut aussi bien avouer que j'aime beaucoup les titres de la collection Echos. Celui-ci m'a d'ailleurs fait un peu penser au roman Les maux bleus de Christine Féret-Fleury.
En tout cas, j'ai été particulièrement sensible à l'émouvante histoire d'Axelle, cette fameuse fille sur le toit.

 

#QuatrièmeDeCouv'

 

L'attirance est partagée, la relation charnelle et passionnée. Mais lorsque Axelle, 16 ans, comprend que son professeur de français considère cette aventure comme un dérapage et la chasse de sa vie, elle s'effondre. Le rejet incompréhensible d'une mère face au désespoir de sa fille va finir d'entraîner Axelle dans une spirale infernale. Silence, douleurs, lumière pale, chambre vide, des mains douces qui prennent soin d'elle, une voix rassurante , puis c'est la sortie de l'hôpital. Seule face à cette nouvelle réalité en ruine, Axelle ne sait plus vers qui se tourner. Miette, son amie d'enfance, à qui elle a caché sa liaison? Eric, son père, artiste aux ambitions déçues et qu'Axelle connaît si peu? Rachel, sa tante, confidente de toujours? Qui?

 

#SeuleAuMonde

 

"Petite pute!"
Deux mots, deux sifflements, deux crachats. Prends-toi bien ça en pleine face."

Ainsi débute La fille sur le toit. D'entrée de jeu, on est choqué, comme l'héroïne par ce que l'on lit et ce qu'elle a entendu de la bouche de sa propre mère. Mais surtout, comment  Axelle en est-elle arrivée là? Anne Loyer nous bouscule pour mieux nous entraîner dans la spirale infernale subie par la jeune fille. Nous sommes ainsi tout à l'écoute de son histoire. Et c'est là qu'Anne Loyer abat son autre carte : sa façon de tout nous raconter.

La fille sur le toit est un roman qui tire toute sa force de son côté choral. C'est un choix narratif qui me séduit presque à chaque fois. Dans une histoire, j'aime avoir le point de vue de chacun des protagonistes. J'aime qu'on leur laisse la parole et qu'on leur donne (même brièvement comme c'est la cas ici) l'occasion de se justifier, de s'expliquer. Ici bien sûr, c'est la voix d'Axelle qu'on entendra la plus. C'est bien normal, c'est la principale intéressée. La jeune fille se retrouve complètement perdue et seule après s'être fait rejeter successivement par son amant, sa mère et sa meilleure amie. Dit comme ça, on pourrait presque penser qu'Anne Loyer exagère et force le côté dramatique. Mais, après avoir entendu les raisons évoquées par les uns et les autres, découvert la situation dans laquelle s'est trouvée prise l'héroïne, tout semble tristement plausible.
Alors on écoute. On recueille des témoignages qui nous touchent, qui nous exaspèrent, des propos qui se défendent ou au contraire qui se condamnent. On suit Axelle qui tente de se raccrocher aux uns puis aux autres, en vain ou presque. Axelle, malgré ce qu'elle a vécu, a plutôt la tête sur les épaules. Elle l'a juste un peu perdue, cette tête, l'amour lui ayant complètement retourné.

J'ai vraiment trouvé, qu'au-delà de la relation amoureuse taboue qui donnait le point de départ à la chute d'Axelle, Anne Loyer parvenait à nous dresser des portraits très réalistes d'individus blessés. J'ai trouvé très intéressante la relation des deux parents d'Axelle ainsi que leurs profils : cette mère aimante, réfugiée dans la religion, et ce père longtemps absent qui essaie aujourd'hui de bien faire mais qui est totalement dépassé. Tous deux ont leurs propres casseroles qui rejaillissent sur Axelle et qui ont conduit à la relation qu'ils entretiennent aujourd'hui avec elle. Anne Loyer nous donne des clés pour comprendre leur comportement face à leur fille qui grandit et qui leur échappe. C'est habilement fait. L'autrice ne cherche pas à les excuser mais elle nous montre leurs faiblesses.
Il y a aussi Miette, la meilleure amie d'Axelle qui s'est trouvée mise à l'écart de cette relation amoureuse hors norme. Elle est un personnage important de ce roman. Son amitié est forte et touchante. Elle ne peut pas rester fâcher indéfiniment. Miette saura revenir et aider notre héroïne avec sa bonne humeur et son soutien finalement sans faille.

"Elle est pas du genre à arrêter le moteur, mon Axie. Elle prend des détours, c'est tout. Elle aime les paysages, faut que ça change, faut que ça bouge."

En parallèle, se pose aussi la question de l'indépendance. Axelle, rejetée toute part, presque femme, aimerait aussi qu'on la voit autrement que comme une enfant. Mais elle est coincée. Seule, elle ne peut rien faire. Il va être question de l'émancipation, sujet intéressant car complexe. C'est ici abordé de façon assez concrète (même si rapide) et je trouve ça bien.

"A moi d'inventer la suite de l'histoire, l'émancipation, officielle ou pas, me tend les bras. J'ai déjà entamé le chemin qui me conduit vers elle."

Un aspect m'a peut-être un peu moins séduite alors même que c'est peut-être celui-là qui m'a de prime abord attirée : la relation avec son professeur. J'ai trouvé que cela sonnait un peu moins juste que le reste. Mais cela donne vraiment un bon point de départ à l'ensemble et permet néanmoins d'aborder l'amour sous une forme différente, une de celle dont on ne doit pas parler mais qui existe. 

J'ai vraiment apprécié cette lecture et je trouve que ce roman, intimiste et sensible, est une jolie proposition à faire au public adolescent (mais pas que, encore une fois).
 

 

#PourQui?

 

Pour ceux et celles qui aiment les histoires d'amour compliquées.
Pour ceux et celles qui aiment les histoires d'adolescents et d'adolescentes qui leur ressemblent.
Pour ceux et celles qui aiment les romans à plusieurs voix.

Pour tous et toutes à partir de 14 ans.

 

#Echos

 

Sur le blog, retrouvez mon avis pour d'autres romans de la collection Echos : 

- Mes vies à l'envers de Maxime Fontaine 

- Les maux bleus de Christine Féret-Fleury

- Chaque chose en son temps de Lorris Murail

- Dis non, Ninon ! de Lisa Chopale

- Désaccordée de Joanne Richoux

 

La fille sur le toit
Détails du livre
Auteur: 
Collection: 
Editeur: 
Public: 
Date de sortie: 
11 avril 2019
Prix: 
15.00€
Nombre de pages: 
177
Langue: 

Français

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